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Parlons SF avec le Capitaine du Nexus VI aux Mycéliades

À l’occasion de la soirée d’ouverture du Festival dédié à la SF, Les Mycéliades, j’ai eu l’opportunité de rencontrer le Capitaine du Nexus VI ! C’était l’occasion pour moi de discuter avec lui de science-fiction, au sens large, comme le fait le festival.

Il s’agit de ma deuxième interview sur jevaisciner, après celle de Geoff Marslett. Donc toujours sur de la science-fiction, mais cette fois-ci en français !

Le meilleur de la SF avec les sujets qu’aborde le Festival Les Mycéliades

les myceliades poster
Poster du Festival Les Mycéliades

« […] il y a un côté fédérateur avec ce festival. » Le Capitaine

Merci beaucoup d’être revenu à notre époque, afin de nous parler de science-fiction. Tout d’abord, comment as-tu été impliqué dans Les Mycéliades ?

Mais de rien. En fait, l’ardc m’a contacté parce qu’ils avaient ce projet de festival de science-fiction. Et, bon, il se trouve que je pense être une des personnes qui parlent de science-fiction en France et au 21e siècle.

Donc ils m’ont contacté, ils m’ont présenté le projet et j’ai trouvé ça extrêmement intéressant. Parce qu’il y a énormément de thématiques, plein d’œuvres différentes. J’ai bien aimé que ça soit vraiment dans toute la métropole et tous les DOM-TOMs. Aussi, il y a un côté fédérateur avec ce festival. J’étais emballé, puis j’ai donné mon accord, voilà.

Parlons du meilleur de la SF selon toi, ainsi que son rapport à la société. En lien avec la table ronde de tout à l’heure, quel est ton meilleur film sur les extraterrestres, ou impliquant des extraterrestres ?

C’est très difficile de répondre ça. Laisse-moi réfléchir un peu… (pause) La première chose qui me vient à l’esprit, c’est Predator. C’est vraiment un film qui m’a marqué quand j’étais enfant.

Déjà par la créature, comme je l’ai expliqué dans la conférence, qui avait pour la première fois une culture et des rites. Et puis un design incroyable, de guerrier rasta de l’espace, créé par Stan Wintson. 

Mais aussi par sa portée philosophique et symbolique. Dans Predator, McTiernan prend un malin plaisir à détruire la figure du soldat américain. Ce soldat surpuissant qui marche sur le monde et là, qui tombe sur plus fort que lui.

C’est un grand moment de l’histoire du cinéma pour moi. Ce moment où Billy, le natif américain de l’équipe, se décide de combattre le Predator. Hors-champs, sans voir le combat, on l’entend juste hurler, alors qu’il meurt. Et là, il y a Schwarzenegger, qui représentait à l’époque symboliquement le soldat ultime dans le cinéma, se retourne et il est effrayé. Ça c’est du grand cinéma. Le héros américain est effrayé face à l’alterité et à l’horreur qu’il a face à lui.

Par rapport à ça, justement, James Cameron disait que les espèces créées pour un film devaient obligatoirement ressembler à quelque chose que le spectateur connaît déjà. Afin qu’il s’attache mieux. Donc penses-tu qu’un jour on aura une créature 100% inédite, qui ne peut pas exister ?

C’est marrant qu’il ait dit ça. Je comprends, mais pour moi, ça reste un peu une vision américaine. Sans tomber dans l’anti-américanisme absolu, j’adore James Cameron, mais ça reste un américain. Et je pense que les Américains… Enfin, en vrai toute l’Humanité a du mal effectivement à avoir énormément d’empathie pour des choses qui ne lui ressemble pas.

J’avoue que c’est j’ai envie de lutter contre ça. Lutter contre ça, c’est aussi réussir à faire avoir de l’empathie pour des choses qui ne sont pas anthropomorphiques. Donc il faut prendre ce risque. Alors effectivement, c’est une histoire d’amour dans Avatar entre Neytiri et Jake. Si les Na’vis avaient été des espèces de blobs verts, avec 8 appendices, et qui communiquent juste avec couleurs, c’est sûr c’est compliqué. Je l’entends, mais sans aller jusqu’à un extrême tel, il y a peut-être toujours moyen de faire autre chose.

En plus, dans Avatar, même culturellement les Na’vis de la forêt, c’est les natifs américains, grosso modo. Dans Avatar 2, les Metkayinas, c’est purement et simplement la culture maori transposée. Pire, une culture maori vue par un américain, transposé sur une autre planète.

Je suis quand même assez dubitatif sur ce choix culturel. Ok ils sont bipèdes et ressemblent à des humains. Mais en termes de rites et de culture, ça aurait peut-être mérité d’aller beaucoup plus loin.

Justement, dans quelques minutes, le film Premier Contact sera projeté. Et je trouve que c’est un des rares films qui arrive à inventer quelque chose d’autre dans les créatures.

Je suis assez d’accord. C’est l’un des rares films où il y a enfin une bonne altérité. C’est d’ailleurs pour ça que je lui reproche, justement, de ne pas assez parler du premier contact. Puisqu’il parle de complètement autre chose au final. C’était un petit peu ma déception, car il est de grande qualité à ce niveau-là. L’altérité est là, pour une fois.

Une autre question, à présent sur le thème de cette première édition des Mycéliades : quel est ton meilleur film sur l’exploration spatiale ?

Franchement, j’hésite entre 2001 ou Interstellar… Ce comparatif est inévitable… Interstellar m’a énormément touché, il y a quelques années.

Je dis souvent qu’à Hollywood, il y a un bureau avec des gens dedans. Et que sur la porte, il y a écrit “faire des films pour le capitaine du Nexus VI”. Et vraiment, là, ils cochaient toutes les cases. Avec Matthew McConaughey, que j’adore, qui joue un homme voulant partir dans l’espace. Et qui est même prêt à quitter sa fille pour y aller, pour vivre son rêve. Mais aussi pour la sauver, on l’oublie souvent. ,Il ne le fait pas uniquement dans une vue égoïste.

Ce sont des choses que j’ai ressenti depuis que je suis petit. Et d’ailleurs, j’ai quitté le 21e siècle, j’ai tout laissé derrière moi pour vivre dans le futur. Donc ça m’a énormément parlé. Donc ouais, j’ai envie de dire Interstellar. C’est peut-être un peu classique comme réponse, mais voilà.

Alors par rapport à l’exploration spatiale, comment peut-on allier la conquête de l’inconnu, tout en préservant ce qu’on a déjà ? Parce qu’on veut quitter la planète, mais elle n’est pas très en forme…

Ça au final, c’est une question politique. Si on décidait que c’était les deux axes de développement dans lequel on allait mettre les moyens, alors on y arriverait. Plutôt que de produire à tire-larigot la moindre connerie en plastique, de vivre dans un monde où n’importe qui peut créer un produit et le vendre, il est voué à l’échec.

Il faudrait peut-être collectivement arrêter de perdre de l’énergie, au sens large donc des matériaux, dans des conneries. On devrait vraiment réorienter toute notre société vers la sauvegarde de notre environnement, la recherche et la science. Et donc l’exploration spatiale, pour s’étendre dans l’espace.

Je ne vois aucune raison pourquoi on n’arrive pas à faire les 2 en même temps. Ce que je reproche souvent, parce qu’on les met toujours en opposition et je suis pas d’accord.

Surtout que la conquête de l’espace dans un vaisseau spatial, comme l’ISS, nous aide à vivre sur la Terre. Puisque notre planète est un vaisseau spatial.

Bien sûr. De toutes façons, au-delà de ça, il y a deux autres aspects. Explorer l’espace, ça veut dire potentiellement faire de nouvelles découvertes. Je rentre un peu dans la science-fiction, mais pourquoi pas des nouvelles formes d’énergie, des nouveaux matériaux, des nouvelles choses qui pourront nous aider, justement, à sauvegarder notre planète.

À terme, notre Soleil meurt dans des milliards d’années. Donc si on ne s’exporte pas, notre civilisation, l’Humanité, est vouée à mourir. Notre Terre sera rendue inhabitable bien avant, puisque le Soleil aura différentes phases. Il nous reste quoi ? 1 milliard d’années ? Donc qu’est-ce qu’on fait ? Moi je crois que la question, elle est vite répondue.

Retour sur la trilogie Nexus VI et son impact sur la SF en France

trailer de la trilogie Nexus VI
Trailer de la Trilogie Nexus VI

« Je sens un petit frémissement dans le cinéma français, on verra ce que ça donnera. » Le Capitaine

Je voulais à présent revenir avec toi sur la trilogie Nexus VI, que j’ai adoré. Tout d’abord, tu évoques souvent, notamment dans ta vidéo du Kiss Kiss Bank Bank, auquel j’ai participé…

T’as donné combien ?

J’ai mis 66€, par rapport à l’Ordre 66 dans Star Wars.

Ah c’est pas mal ! Très bien, bravo.

Donc, tu évoquais beaucoup les difficultés de tournage, comme la météo, le COVID, tout ça. Alors pour positiver un peu : qu’est-ce qui a été le plus facile dans la production de cette incroyable trilogie ? Ce qui a roulé tout seul et qui a mis toutes les équipes en confiance ?

Globalement, il y a en majorité du positif. J’irai même plus loin, en disant que le négatif a été positif, car ça donne une histoire juste incroyable. Vous le verrez dans le making-of, qui sera limite plus intéressant que la trilogie. (rires) C’est vraiment “comment faire de la science-fiction en France, quand on n’a pas les moyens.”

C’est avant tout de l’aventure humaine, en fait.

J’ai la chance de travailler avec des amis que je connais depuis 25 ans, qui sont les autres créateurs de Nexus VI. C’est un plaisir d’avoir ce groupe de passionnés et de gens talentueux. Malgré les galères, on a eu des fou-rires et le résultat est là.

Je ne saurai pas sortir quelque chose de positif en particulier. Mais malgré les galères tous les jours, c’était un plaisir. Même quand c’était dur, on savait que ça allait être bon. On regardait les plans le soir et on était content de se dire qu’on avait pas fait ça pour rien. Qu’on a pas souffert pour rien.

Comme tu l’avais dit dans la vidéo explicative, vous allez créer un moyen-métrage, en compilant toutes les parties fictions de la trilogie. Vous allez retourner des scènes pour compléter les ellipses et aussi monter le making-of, que tu viens d’évoquer. Donc pendant ce temps-là, que va-t-il se passer sur la chaîne ? Est-ce qu’il y aura encore des chroniques et dans quel format ?

On va continuer un peu comme avant. C’est-à-dire que il y aura encore des The Visitors, quelques Sci-Facts de prévus et des chroniques, comme je viens de faire sur Avatar 2 ou Andor. Et… c’est déjà pas mal en fait ! (rires)

Non, mais j’aimerais bien parler d’un livre aussi et puis de jeux vidéo, ça fait longtemps, comme Colony Wars. On va reprendre un petit peu les vidéos classiques, un peu moins ambitieux, car il y a tout le travail à côté. Même pendant la préparation de la trilogie, il y avait même eu presque un an de pause, c’était compliqué. Là ça va continuer, mais effectivement, on ne peut pas objectivement faire comme avant.

Les moyens que vous avez utilisés et le résultat bluffant qu’il en résulte, peuvent-ils convaincre les studios français, de plus grande structure, de s’investir un peu plus dans la SF ?

Je sais pas si ça pourra les convaincre. Ce que je sais, c’est que ça pourrait intéresser, leur donner des idées. Effectivement, on a réussi à faire ça sans des budgets cinéma. Mais justement on est sur internet, on a une forme de liberté.

Aujourd’hui dès qu’on va au cinéma, les coûts s’envolent ne serait-ce que parce qu’il y a des choses à suivre en fait. Des choses qui sont légales, légiférées, il faut payer les gens tant, il y a des barèmes salariaux, etc… Ainsi, il n’y a pas la même flexibilité tout simplement. En tout cas, on parle avec des gens, c’est tout ce que je peux dire.

Pour rebondir là-dessus, pourquoi, selon toi, la SF en France ne décolle pas au box-office ? Alors que paradoxalement, elle y a été inventée, avec Le Voyage dans la Lune*. Et est-ce que la comédie est obligatoire, comme Le Visiteur du Futur, pour faire venir les spectateurs ?

(*que vous pourrez voir sur grand écran lors des Mycéliades à Montreuil le 11 février 2023, en présence de La Manie du Cinéma, ndlr)

Tu fais bien de rappeler que la science-fiction et le cinéma de science-fiction sont français. Même plus que ça, puisque Le Voyage dans la Lune, c’est le tout premier film narratif de l’Histoire. Le premier film à histoire est un blockbuster de science-fiction français et on a arrêté ça. Donc on peut se dire qu’on a raté un peu le coche.

Sur ta question de l’humour, je sais pas s’il en faut forcément. Pour moi une œuvre est intéressante quand elle est assez multiple. Même ce qui marche dans le cinéma américain, ce sont des œuvres à la fois dramatiques, humoristiques et avec un peu d’émotion. Autrement dit, il ne faut pas forcément faire quelque chose de mono-émotionnel.

Après, est-ce que la composante comique doit être majoritaire, je sais pas. Ce que je sais, c’est qu’il y a un plaisir à faire de la comédie. Mine de rien, Nexus VI est assez proche du Visiteur du Futur, dans cet aspect-là. Même si la trilogie est peut-être un petit peu moins youpla-boum, il y a quand même cette pâte. Sans aller jusque-là, mais dans les films ZAZ, il y a vraiment cet humour très présent. Je pense que ça aide. Maintenant, est-ce qu’il faut le faire, je ne sais pas.

On trouve quand même des films français, comme l’excellent Blood Machine. Ou encore After Blue, Le Dernier Voyage, Méandre, Vesper (co-production européenne), Dans La Brume, etc Donc oui, il y a quand même des films variés qui sortent.

Oui, je pense que les choses commencent à changer. Car les décisionnaires du cinéma français commencent à changer aussi. C’est-à-dire que des gens qui ont plus ou moins mon âge commencent à prendre la place de gens qui étaient là depuis très longtemps. Et ces gens-là ont eu les mêmes références que nous, donc ils veulent un autre cinéma.

Je sens un petit frémissement dans le cinéma français, on verra ce que ça donnera. Maintenant, il faut nous donner les moyens, c’est ça le problème.

Ce qu’on cherche à faire avec Nexus VI, c’est de montrer qu’on peut faire de la science-fiction ambitieuse, j’ai envie de dire “à l’américaine”. Cependant, on fait souvent 2 remarques : on a pas le public et on sait pas faire. Nous avec Nexus VI, on montre qu’on sait faire.

J’ai été bluffé par les effets spéciaux !

Ah, ça c’est grâce à Romain Toumi. En tout cas, sur le “il y a pas de public”, Avatar 2 fait des millions d’entrées, . les Star Wars font des millions d’entrées. Donc si, il y a un public. C’est juste qu’il faut se donner les moyens.

D’ailleurs, avec Nexus VI et Le Visiteur du Futur, ça amène une autre chose : Internet peut aller au cinéma.

Oui, après, je ne sais pas si tout a vocation à aller au cinéma. Mais il faut se rendre compte que sur internet, c’est aussi une liberté créative absolue.

Même s’il y a des règles YouTube qui changent de temps en temps, grosso modo on est libre, au cinéma, peut-être moins.

En tout cas, l’envie de cinéma est là. Et très clairement, Le Visiteur du Futur est un exemple à suivre. Je les félicite vraiment pour le travail parce que c’est inspirant.

interview captain nexus vi les myceliades

Merci au Capitaine du Nexus VI pour son temps, ainsi qu’à Molka pour m’avoir permis cet entretien. Les propos ont été recueillis lors des Mycéliades 2023 et ont été adaptés pour le format d’article.

Découvrez la bande-annonce des Mycéliades par le Capitaine du Nexus VI

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