

WAIFF 2026
Vu le 21/04/2026 au 22/04/2026
Mon retour rapide
J’étais vraiment content d’assister au WAIFF 2026. D’une part pour avoir découvert pour la première fois Cannes dans un contexte plus chill que pour un autre événement international. D’autre part, car l’événement marque sans doute un tournant international majeur pour le cinéma. Car il a ramené des figures prestigieuses du 7e Art, afin d’en discuter en tant qu’ »intelligence augmentée« , plutôt que simple outil d’automatisation. Les débats que je recherchais activement ont mis en avant les évolutions nécessaires de l’innovation technique pour la protection du droit d’auteur, la traçabilité et une meilleure répartition des valeurs.
De plus, ce genre de contenu artistique s’éloigne complètement des horribles vidéos virales superficielles, car il se concentre sur des démarches artistiques profondes. Comme l’ont prouvé mes rencontres marquantes avec les équipes de Seed ou Drimbig. Pour l’édition 2027, mes attentes se portent sur l’émergence de projets hybrides, où l’usage de l’IA est encore plus justifié narrativement. Qu’il s’axe sur les réelles valeurs émotionnelles, en parallèle d’une évolution nécessaire des cadres législatifs et techniques.
Invité.e.s :
à venir
Organisation :
Institut EuropIA, Département des Alpes-Maritimes, La Maison de l’IA
C'est quoi ?
Le World AI Film Festival (WAIFF) a été créé par Marco Landi (Président de l’Institut EuropIA) et par Charles Ange Ginésy (Président du Conseil Départemental des Alpes-Maritimes). Après une première édition lancée en 2025, cette deuxième année marque un tournant avec une ouverture internationale massive, recevant plus de 5 400 films de 80 pays.
- Modifié le 30/04/2026
La programmation du WAIFF 2026
La programmation était géographiquement plutôt simple, puisque j’avais pour ma part accès à 3 pôles principaux. À savoir :
- la salle de conférence du Miramar pour les Pro Talks
- le cinéma Les Arcades pour la diffusions des films en compétition et autres débats
- le Théâtre Debussy du fameux Palais des Festivals, dans lequel se déroulaient les soirées de gala
Des talks et rendez-vous avaient également lieu à l’hôtel JW Marriott, mais étaient réservés aux détenteurs de pass VIP. En tout cas, les trajets entre les différents espaces étaient plutôt courts. On pouvait enchaîner des conférences et des films assez facilement.
Ce qu’il fallait retenir des Pro Talks
Les sessions de l’Espace Miramar m’ont permis d’enfin avoir le retour d’expérience de professionnels autour de l’IA. Pour ma part, j’étais très curieux de justement connaître l’état d’intégration de cet outil à un niveau d’entreprise de l’audiovisuel. Ainsi, j’ai pu retenir plusieurs axes de débats super intéressants.
L’IA au service des Artistes : Un partenaire créatif, pas un remplaçant
Le sujet de la propriété intellectuelle a été au cœur des débats du WAIFF 2026, marqué par une tension entre innovation et protection des acquis.
À commencer par le musicien technophile Jean-Michel Jarre (ancien président de la CISAC), qui a rappelé que la valeur des sociétés d’IA repose sur le contenu créé par les humains. Il a comparé l’IA au smartphone, soulignant que sans la création, l’outil perd l’essentiel de sa valeur. Il a notamment introduit le terme “d’Intelligence Augmentée”.
Ensuite, il faut savoir que des discussions sont en cours pour définir des standards de traçabilité des contenus (via des consortiums comme C2PA). Cela permettrait de garantir la transparence sur l’origine des images.

Aussi, Google France (représenté par Johann Choron et Sarah Clédy) a évoqué sa collaboration avec les pouvoirs publics et les ayants droit pour réfléchir à un cadre juste. Il citait les propositions de loi en cours au Sénat sur l’IA et le droit d’auteur.
Le Droit d’Auteur : Entre protection et nouveaux modèles
Loin de l’idée d’une automatisation totale, les intervenants ont insisté sur l’IA comme prolongement de l’imagination humaine.
Tout d’abord, Agnès Jaoui a comparé l’IA aux outils historiques comme le pinceau ou le numérique, soulignant que les créateurs s’en emparent pour explorer de nouvelles formes. Elle n’a d’ailleurs pas hésiter à exprimer ses peurs et sa méconnaissance directement aux représentants de chez Google. C’était clairement la meilleure personne à inviter pour ce genre d’événement, car ce sont ces personnes qui doivent imposer la forme des usages.

Ensuite, les panels ont montré que l’IA permet d’augmenter la valeur de production, sur des projets aux budgets limités. Notamment en résolvant des problèmes techniques complexes qui auraient été inaccessibles auparavant. D’autant qu’un consensus s’est dégagé sur le fait que la technologie ne possède ni rêve, ni vision, ni âme. Donc que seul·e·s les artistes portent les histoires et doivent écrire l’avenir.
Fournisseurs et Créateurs : Une collaboration en construction
Les relations entre les fournisseurs de technologie et l’écosystème créatif évoluent vers des modèles plus intégrés.
Au WAIFF 2026, Google nous a affirmé construire leurs outils « en même temps » qu’ils sont utilisés par l’industrie, en s’appuyant sur les retours des utilisateurs pour ajuster les modèles. Que ce soit les artistes ou les chercheur·euse·s d’ailleurs.

Aussi, la volonté de nouer des partenariats « justes et équilibrés » a été illustrée par des accords de licence entre de grandes plateformes et des agences de presse ou des collectifs d’artistes. Un des panel a spécifiquement exploré la création de studios IA. En mettant en avant des workflows où la donnée (data) devient le point de départ de nouvelles histoires.
Les films que j’ai vus au WAIFF 2026
En plus des Pro Talks, le World AI Film Festival est avant tout une compétition internationale. Et ce, à travers pas moins de 13 catégories, dont le meilleur film qui regroupe toutes les sélections. J’avais hâte de voir des oeuvres IA, car mes seules expériences cinéma se résume à The End – Fragments Artificiels de l’Espèce Humaine (pour la partie écriture) et des séquences de Yoroï ou de F*ck My Son! (pour la partie audio-visuelle)
La compétition
Tout d’abord, j’ai commencé plusieurs jours avant, lorsque j’étais à Avignon. Car en tant qu’accrédité journaliste, j’ai pu bénéficier d’un accès à une sélection de 9 courts-métrages à visionner en ligne. Et ainsi voter pour le meilleur court de la Presse. Cela m’a déjà donné une idée d’à quoi ça ressemble un film fait en IA avec une intention de production audiovisuelle. J’ai notamment pu découvrir Seed (Adrien Cohen, France), dont j’ai pu interviewer l’équipe. Mais aussi 6000 Mensonges (Simon Rieth, France), Cohabitation (Melody Bossan, France) ou encore The Woman and the Wolf (Benoit Courti, France).
Ensuite, pour le coup, aux Arcades, je n’ai eu le temps de voir que la compétition Fantastique au final. C’était la sélection qui m’intéressait le plus, puisque c’est clairement là où l’IA pouvait s’intégrer. Et je n’ai pas été déçu car j’ai notamment pu visionner Costa Verde de Léo Cannone, avant qu’il ne reçoivent ses prix.

Aussi j’ai eu l’occasion de voir une partie d’un documentaire, Knut : Le Viking Empereur, de Fabrice Buysschaert. Ici, l’IA générative est utilisée à des fins historiques, ce qui sur le papier est intéressant. Après, pour ma part, je ne suis pas un grand friand de ce contenu de base. En tout cas, il était en compétition, dans la catégorie Documentaire.
Enfin, lors des cérémonies et notamment celle de la remise des prix, j’ai pu en visionner encore. Surtout qu’il s’agissait des gagnants, donc les meilleurs d’après le jury. Je repense à Une Histoire à Un Dollar (Qiu Sheng, Chine), Présent (Dario Cirrincione, Italie), Le Commencement (Diab Ibraheem, Jordanie). J’ai également pu revoir sur grand écran La Sélection Mécanique (Jules Blachier, France) et RendAI-vous (Doicov Marius, France), car ils étaient aussi dans la sélection presse.
Les avant-premières et projections exclusives
En dehors de la compétition, j’ai vu par exemple un extrait de Death Lane, par thedorbrothers. Une intrigante histoire qui a eu le mérite de nous poser la question suivante : est-ce qu’on a envie de voir la suite ou de connaître le modèle utilisé ? Et clairement, ce genre de films montre que le récit prime.
Aussi, nous avons eu la surprise de découvrir en avant-première The Fleeting Beauty. Il s‘agit d’un clip musical, créé par Minimax / Hailuo AI, pour la chanteuse chinoise Esther Yu. Qui d’ailleurs, nous a fait l’honneur de sa présence ! Et ce malgré un problème technique, qui a retardé la diffusion.

Enfin, lors de la clôture, nous avons pu visionner le film de commande du Département des Alpes-Maritimes. Une histoire assez simple avec des personnages amusants, réalisée par Drimbig. Un collectif cannois tout récent, dont j’ai pu interviewer le co-fondateur et leur partenaire commerciale.
Les soirées de prestige au Palais des Festivals
Mon accréditation presse pour le WAIFF 2026 me donnait accès également aux soirées. À commencer par le cocktail de bienvenu du lundi, sur la plage Stéphanie de Cannes. C’est ce soir là où le prix de la presse a été remis au film La Tisseuse d’Ombre, d’Anne Horel. Et où j’ai pu rencontrer l’équipe de Seed, que j’avais beaucoup aimé.
Mais les plus grosses soirées se sont tenues au fameux Palais des Festivals. Avec le mardi, l’ouverture et le mercredi, la remise des prix.
Les temps forts de la Cérémonie d’Ouverture
L’escalier principal du Palais des Festivals était déjà occupé par Canneseries, qui avait lieu juste après dans la semaine. Néanmoins, nous étions dans le Théâtre Debussy, où j’ai notamment pu monter les marches (violettes). Tout comme les invité·e·s d’honneur, les figures du cinéma et les talents internationaux.
Tout d’abord, le discours des officiels a souligné la vision de l’IA comme un outil à la création humaine et non un substitut. Puis, vint les hommages.
À commencer par celui de Claude Lelouch, l’orchestre coréen présent sur scène a joué Bolero en accompagnant un montage d’extraits de ses films. Le cinéaste nous a ensuite raconté comment il aime bidouiller et que l’IA est un jouet en plus. D’ailleurs, il nous a confié que son prochain film débutera avec 10 minutes faites en IA.

C’est ensuite Gong Li, la présidente du Festival qui nous a fait honneur de sa présence. Après un touchant montage retraçant ses plus grands rôles, elle est venue sur scène pour un discours. Elle a notamment déclaré que l’IA permet d’ouvrir de nouvelles voies créatives pour imaginer des histoires.
Ensuite, Marc Landi est revenu sur le focus international “Road To Cannes”. Il s’agissait de plusieurs mini-WAIFF en amont de celui de Cannes, qui se sont implantés au Brésil, en Corée du Sud et au Japon. Récompensant au passage des lauréats issus des sélections de chaque pays.
Enfin, le clou du spectacle était l’orchestre symphonique de Séoul qui nous ont proposé plusieurs tableaux. Notamment une performance hybride qui célébrait les 140 ans de liens franco-coréens. Il s’agissait d’une expérience visuelle créée par OOVIE Studios, dont la technologie inédite permettait à la musique de se transformer en image en temps réel sur le grand écran. On a également eu divers solistes, dont Ria Kong, une talentueuse violoniste de 9 ans. Qui a suscité une standing ovation dans le Théâtre Debussy.
La Remise des Prix du WAIFF 2026
La Cérémonie de Clôture a commencé sur des chapeaux de roues, puisque c’est la Présidente du Jury, Agnès Jaoui, qui a prononcé un discours engagé. Elle a exprimé ses sentiments partagés, en reconnaissant que l’outil est formidable, que les artistes doivent s’en emparer, tout en faisant part de son inquiétude concernant les humains laissés sur le côté, les impacts écologiques et la protection du droit d’auteur.
Ensuite, malheureusement, Seed n’a pas remporté le Prix Jeunesse, au profit de RendAI-Vous, un film hybride (qui mêle IA et prises de vues réelles). Concernant les autres prix, retrouvez le Palmarès complet sur le site du WAIFF 2026. En tout cas, le grand gagnant est Costa Verde, de Léo Cannone (mais qui n’était pas présent sur place). Car il a remporté à la fois le prix Fantastique mais aussi le prix du Meilleur Film.

Un autre point amusant de la compétition a été la remise du prix Émotion, par Elsa Zylberstein. Qui a décerné le prix à Le Commencement de Diab Ibraheem, en demi-teinte, puisque pour elle, seul le regard humain peut engendrer de l’émotion. Ainsi, elle a attribué le prix pour le celui qui lui a incité un peu d’émotion par rapport aux autres.
Enfin, la soirée s’est terminée avec la venue de tous les lauréats pour une photo générale. Cette célébration s’est mêlée avec celle de l’anniversaire de Marco Landi. Qui nous donne rendez-vous pour 2027.
Mon avis sur le WAIFF 2026
Je vous partage à présent mon retour sur le WAIFF 2026.
Ce que j’ai aimé
En ce qui concerne les points positifs, je suis déjà très content d’avoir pu participer à l’événement.
Notamment les Talks abordaient exactement les sujets que j’étais venu chercher. Les débats étaient vraiment intéressants et axé sur le monde professionnel. C’était cette donnée qui me manquait pour me faire mon avis sur l’utilisation de l’IA à grande échelle.
Aussi, j’étais ravi d’enfin voir des films IA de la part d’artistes qui osent l’utiliser pour augmenter leur créativité. C’est effectivement un peu étrange au début, mais une fois qu’on a pris l’habitude, on se laisse porter par ce que ça propose réellement.
De même, très content d’avoir pu visiter pour la première fois Cannes dans ce contexte. Car je n’ai pas spécialement envie d’aller au Festival International, surtout si c’est pour y subir la présence d’énormément de monde. D’autant que je pense que le WAIFF est possiblement un festival qui deviendra historique, donc ravi de le découvrir à ses débuts.
Pour le coup, voir toutes ces créations IA m’a procuré la même envie de créer à mon tour, comme quand je vais Festival d’Annecy. Ici, l’outil permet de mettre en image rapidement les idées qu’on a en tête et surtout, d’itérer efficacement. C’est le pinceau ultime pour les personnes sans moyens.
Ce qui m’a moins plu
Bien que le programme était simple (avec ses pôles géographiques), la programmation quant à elle ne l’était pas tant que ça. Pour le coup, plusieurs remises de prix avaient en réalité lieu à Miramar. Sans doute pour désengorger la cérémonie de clôture, mais au final, je n’ai pas vu certains films. Par exemple, je n’ai pas pu voir la sélection Micro-Série mais juste la remise des Prix.
Aussi, certains talks étaient en réalité découpés en plusieurs sous-panels. Donc parfois on pense voir un intervenant pour se rendre compte qu’il ne reste que quelques minutes. De plus, ça aurait été intéressant de laisser plus de temps pour les questions du public. Par exemple, j’aurai adoré pouvoir débattre sur le panel des droits d’auteur. Car la discussion était assez animée… alors que personne n’avait évoqué l’open-source (qui a déjà réglé beaucoup de souci à ce niveau-là)
Ensuite, j’aurai aimé que le site ou le programme en PDF indique l’heure de diffusion des œuvres. Car en Festival, il est courant de venir pour un film en particulier (notamment les équipe sélectionné·e·s) et donc s’assurer de quand et où le voir.
En tout cas, en dehors de ces détails de logistiques, et que quelques couacs de direct, cette seconde édition s’en sort plutôt bien, pour sa première à Cannes. Je pense que ça ne pourra que s’améliorer.
Mes chouettes rencontres
Je terminerai sur les personnes adorables que j’ai rencontré à l’occasion du WAIFF 2026. À commencer par le service presse, qui ont su me faire confiance. Je les remercie donc chaleureusement. Très content d’avoir pu profiter des rangs Presse dans les conférences.
Ensuite, l’équipe de Drimbig, où on a pu discuter longuement de l’IA, même après le cadre de l’interview. Dommage de ne pas avoir pu voir leur court en sélection (Clay and Pot, de Céline Guibourgé). Surtout que même eux ne semblaient pas avoir su où le voir. En tout cas, ravi d’avoir eu une vision business de l’IA dans la création.
Enfin, sans doute ma rencontre la plus impactante est celle avec l’équipe de Seed, avec Adrien, Nicolas, Benjamin et Olivier. Initialement, je voulais juste me présenter avant mon interview et au final, on a passé beaucoup de temps ensemble sur tout le Festival. J’étais très content d’avoir enfin une vision artistique de l’IA, comment l’outil est utilisé à des fins créative, malgré les enjeux qu’il soulève. D’ailleurs que ça soit Seed ou Drimbig, il n’y a pas une confiance aveugle mais bien consciente de l’usage de l’IA.
Ce que j’attends de l’édition de 2027 ?
Le WAIFF 2026 m’a fait me rendre compte que c’est un événement qui ne pourrait qu’évoluer. D’un point de vue technique et sociétal. Chaque année, les modèles seront encore plus performants (tous les mois il y a une nouvelle avancée) et j’espère que les encadrements légaux avanceront. Afin que l’outil soit utilisé dans les meilleures conditions et qu’il profite à tous.
Aussi, on verra sûrement une utilisation plus pertinente ou plus précise, avec des projets plus hybrides par exemple. Car le 100% IA n’a pas toujours de sens, il faut que les raisons soient narrativement justifiées. Comme pour toute nouvelle technologie au service de l’art. En tout cas, j’ai vu des projets où l’IA apportait une vraie valeur émotionnelle, donc on est sur la bonne voie. Quand elle est entre de bonnes mains, on ne peut que faire des choses incroyables.
World AI Film Festival : https://worldaifilmfestival.com/


