Aller au contenu

Rencontre avec l’équipe de Seed au WAIFF 2026

WAIFF 2026 Seed Interview Poster

Je suis allé au World AI Film Festival 2026 et j’ai accédé à certains films pour le Prix Presse, dont parmi eux, Seed. Ce projet profond est né de la collaboration entre Adrien Cohen (réalisateur) , son frère Nicolas (directeur artistique) et leur ami de longue date Benjamin (scénario). Olivier aussi était présent, qui les a accompagné à la production sur d’autres projets. Il montre, pour moi, pleinement un nouveau genre de narration. Cette équipe de créateurs, après dix ans de lutte dans les circuits traditionnels, a trouvé dans l’Intelligence Artificielle la clé d’une autonomie totale. J’ai ainsi eu la chance de discuter avec eux de leur utilisation de ce nouvel outil aussi passionnant qu’effrayant.

Du traditionnel à l’IA : l’outil qui libère les idées

jevaisciner.fr : Bonjour à tous ! Pour commencer, pourriez-vous nous expliquer votre parcours, de vos 10 ans dans la production « classique », pour arriver à l’Intelligence Artificielle ?

Adrien : Tout a commencé sur un projet nommé NACO Productions. On voulait faire des films avec les moyens du bord, en bricolant. D’ailleurs, on s’est professionnalisés : Nicolas a fait une école de ciné, Benjamin s’est mis à l’écriture et moi à la production-réalisation. Mais au fil du temps, on s’est heurtés à un véritable « plafond de verre » dans la fiction. On a dû mettre nos rêves de côté pour des métiers plus concrets comme le motion design ou la pub corporate pour gagner notre vie.

Benjamin : De mon côté, je suis parti vers le secteur de l’humour, l’écriture pour la télévision, des sketchs et des chroniques humoristiques. C’était le maximum que je pouvais faire en fiction. Comme le disait Adrien, si notre volonté première était de faire des films, nous avons tous un peu lâché l’affaire car nous étions dépassés par les exigences de la production traditionnelle. Le financement était une telle usine à gaz que les projets finissaient presque toujours en autoproduction. Nous devions gagner notre vie.

PariaTV Seed Court-Métrage IA

 

Pourquoi avoir choisi l’Intelligence Artificielle pour réaliser ce film ? Une production traditionnelle était-elle envisageable ?

Benjamin : Quand j’ai montré le film, un réalisateur et un programmateur de festival parisien ont été un peu choqués. Ils m’ont demandé : « Pourquoi, avec vos super idées, vous n’êtes pas allés tourner ça de façon classique avec Adrien dans les Gorges de l’Ardèche ? » Je leur ai répondu qu’après 20 ans à essayer de produire des films, on sait ce que c’est : faire de la SF ou du genre en France, c’est « Lost in La Mancha« . C’est hyper difficile. Même pour mon court-métrage Nouvelle École, une connaissance au CNC m’avait prévenu : « N’y va pas, ils ne donnent pas d’argent pour la comédie. » C’est ce système qui finit par vous dégoûter, et c’est là que l’IA intervient pour nous permettre de créer sans attendre ces financements impossibles.

Adrien : Un autre point difficile était de devoir « vendre » nos films au moment de l’écriture et de s’adapter dans l’unique but d’obtenir des financements. Cela faisait traîner les choses en longueur. C’est là que l’IA change la situation : avec elle, nous avons l’impression d’être complètement autonomes et libres de créer ce que nous voulons. Nos seules contraintes sont désormais techniques. Pour la scène de l’évolution de la civilisation jusqu’à l’espace, il nous aurait fallu des moyens colossaux en traditionnel. Ici, nous l’avons fait pour quelques centaines d’euros, nous sommes passés à une autre échelle. Au début, nous utilisions l’IA de façon timide pour des images d’intention ou de courtes scénettes, mais Seed est le premier projet où nous avons réussi à générer tous les plans et à raconter une histoire complète. C’est notre premier film en IA totalement abouti.

L’impact narratif de Seed :

Le WAIFF 2026 a sélectionné Seed dans la catégorie « Jeunesse », ce qui vous a surpris. Quel est le message profond de Seed ?

Benjamin : À la base, je voulais raconter l’incapacité de l’humanité à ne pas reproduire ses erreurs. Passionné par le Néolithique, je me suis intéressé au moment où l’homme est devenu agriculteur et a décidé de dominer la nature. Les scientifiques disent que c’est là qu’on a commencé à tout raser sans maîtriser notre pouvoir. L’idée de Seed, c’est que si on colonise une autre planète, on fera la même chose car l’homme est passé trop vite de proie à prédateur. On a un pouvoir immense, mais on garde un cortex préfrontal d’animal apeuré qui veut tout emmagasiner. C’est une vision pessimiste, mais j’espère qu’elle fait réfléchir sur notre tempérament destructeur.

Nicolas : Finalement, la catégorie jeunesse est pertinente car le film a une portée éducative forte. C’est presque un exposé sur l’évolution. Il peut servir de support au collège pour lancer un débat sur l’histoire ou l’écologie. Ça permet de challenger la vision des élèves sur la manière dont les choses évoluent.

Seed est un film sans paroles. Était-ce une contrainte liée à l’IA ou un choix artistique ?

Benjamin : C’était un défi en tant que scénariste : se faire comprendre uniquement par des tableaux. J’ai été marqué petit par La Guerre du feu ou la séquence des singes dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Tu comprends tout par l’image et le son.

Adrien : Techniquement, on n’était pas encore satisfaits du rendu des dialogues en IA, il y avait souvent une mauvaise synchronisation labiale. On voulait que le spectateur oublie que c’est de l’IA. Le muet permettait une immersion plus viscérale et universelle.

L’Intelligence Artificielle générative comme nouvel outil de création

Adrien, comment le rôle du réalisateur change-t-il avec cet outil ? Quelle part laisses-tu à l’imprévu ?

Adrien : C’est beaucoup plus imprévisible qu’un tournage classique. En traditionnel, on limite l’imprévu par le storyboard et le casting pour obtenir l’image exacte prévue. Avec l’IA, c’est l’inverse. On prompte une idée globale, mais on ne peut pas surcharger de détails sinon la machine sature. On se retrouve à perfectionner des images générées aléatoirement, à les régénérer pour affiner sa vision. C’est à double tranchant : c’est frustrant quand on a une idée trop précise qu’on n’arrive pas à obtenir, mais c’est aussi une source de bonnes surprises qui peuvent réorienter le film. Sur Seed, j’ai dû réinventer ma narration en fonction de ce que la machine acceptait ou refusait de produire.

En tant qu’utilisateurs de l’AI, ressentez-vous une part de responsabilité vis-à-vis de la nouvelle génération qui grandit avec cette nouvelle technologie ?

Adrien : Pour l’instant, beaucoup de gens utilisent l’IA comme un jouet pour tester des idées instinctives sans réel sens. Ma vision est que l’IA est un outil et non une obligation. Si une jeune fille de 14 ans veut être réalisatrice sans IA, en utilisant du papier et un crayon pour faire du stop-motion, c’est l’essentiel. Ce qui compte, c’est le sens et la narration, pas l’outil.

Nicolas : L’IA est inévitable, comme l’a été la création d’Internet. Je pense que la responsabilité viendra dans un deuxième temps avec les réglementations et l’éducation. Pour l’instant, c’est encore le « Big Bang », tout est possible et c’est passionnant.

Beaucoup critiquent l’IA, qu’elle vole les artistes. Quel est votre regard là-dessus ?

Adrien : Tout artiste se nourrit de ce qui existe. Si je regarde tous les films de Tarantino pendant deux semaines et que j’écris un scénario à sa manière, est-ce du vol ? Tarantino lui-même s’est inspiré de 200 films pour créer son style. L’intérêt de l’IA, pour moi, ce n’est pas de copier un style existant comme celui de Pixar, mais de faire des associations nouvelles, comme mélanger du Pixar avec du South Park.

Nicolas : C’est hypocrite de croire qu’on part de zéro. Dans la pub ou le design, on fait tous de la veille graphique, on s’inspire de typographies d’il y a 50 ans. C’est une bibliothèque mondiale. On ne peut pas interdire à un chercheur de rentrer dans une bibliothèque. Maintenant, il n’est plus question de savoir d’où provient la source, mais plutôt qu’est-ce que tu vas en faire pour créer quelque chose de nouveau. Ce qui compte, c’est l’intention du réalisateur, sa façon de guider l’outil pour obtenir un travelling ou une ambiance spécifique.

On parle souvent du coût énergétique des serveurs de l’IA. Est-ce un frein pour vous ?

Benjamin : J’ai eu une grosse phase d’éco-anxiété après le premier film. Mais il faut comparer avec un tournage traditionnel : des dizaines de camions qui traversent l’Europe génèrent aussi une pollution massive.

Nicolas : Le studio D3 Paris a publié un manifeste comparant les deux. L’empreinte carbone d’une prod IA est parfois ridicule par rapport à un tournage classique. De plus, l’IA est le seul outil capable de s’optimiser elle-même pour consommer moins à l’avenir. Des solutions commencent à arriver aussi, comme les serveurs plongés dans l’eau. Il faut que ça avance de ce côté.

Quel est votre avis sur l’AI Slop et qu’avez-vous envie de transmettre aux personnes qui réduisent l’IA générative à cette vague de qualité médiocre ?

Adrien : Ça dépend de chacun, j’ai de l’empathie pour les gens qui en ont peur et qui sont réticents. Mais je pense qu’ils n’ont juste pas compris le changement qui est en train de s’opérer. Ce n’est pas une technologie où on peut être pour ou contre, c’est comme la création d’internet. Tu peux ne pas t’en servir mais si tu t’en sers, tu dois avoir l’intelligence de t’en servir correctement pour toi. Et je parle pas que pour la création. En ce qui concerne le slop, je pense que dans tout processus créatif, il y a une phase de “n’importe quoi”. C’est en créant à partir d’erreurs ou de résultats absurdes que naissent parfois des idées solides. Que ça soit pour un court-métrage ou une publicité. Ce qui va différencier l’art du slop, c’est l’exigence de l’artiste.

L’avenir avec PARIA

Vous considérez-vous comme AI Artists et comment le définiriez-vous ?

Adrien : Je dirai que oui, au même titre qu’un 3D Artist. C’est une qualification qui permet d’avoir une idée de l’univers de la personne et dans lequel elle va évoluer. Ce n’est pas négatif en soi, comme si ça sous-entendrait que l’IA c’est négatif. C’est un savoir-faire et nous travaillons à perfectionner ça. Le cliché de “on appuie sur un bouton et ça fait ce qu’on veut”, ça marche que si tu as zéro exigence sur ce que tu veux. Je mets au défi quiconque d’obtenir ce qu’il veut dès la première génération de ce qu’il a prompté !

Benjamin : Un dessinateur, il dessine, il n’est pas forcément bon dans la peinture, par exemple. Les artistes, pour moi, sont avant tout des personnes qui ont envie de faire de l’art, ou en tout cas des formes d’art. L’IA c’est juste un nouveau pinceau et c’est avant tout la qualité de l’histoire racontée qui prime. De même, un réalisateur est-il vraiment le créateur de son film ? Il va demander à telle personne de gérer le cadre, à telle personnes les décors, etc… Tellement de personnes sont impliquées, le cinéma c’est collectif.

Quelle est la suite pour vous après cette sélection au WAIFF 2026 ?

Adrien : Nous avons monté Paria (paria.tv), une extension de notre studio de création dédiée spécifiquement à l’IA. On a scindé les deux entités car certains clients sont encore réfractaires, tandis que d’autres sont demandeurs. On a déjà réalisé des génériques pour la télé, comme pour Les Apprentis Champions, ou des spots pour Nostalgie. Le but est que cette activité business finance nos projets de cœur : des clips, d’autres courts et, à terme, du long-métrage en IA. On veut maîtriser toute la chaîne pour ne plus jamais être limités par l’ambition de nos histoires.

Seed Adrien Nicolas Cohen Benjamin Olivier

Les propos des intervenants ont été adaptés pour le format d’article.

Soutenez le site

avec un don libre (ponctuel ou récurrent) via PayPal ou par carte bancaire.

L'article vous a plu ? Partagez-le !

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email

Donnez votre avis !

Laisser un commentaire