Le nouveau film Bob l’Éponge Un pour Tous, Tous Pirates, sort en salle le 24 décembre 2025. Et j’ai eu la chance de voir les 20 premières minutes lors du Festival d’Annecy 2025. Par la même occasion, Paramount Pictures France m’a gentiment proposé une interview avec son réalisateur, Derek Drymon. C’était un honneur, car Derek a fait partie de l’équipe créative initiale des premières saisons ! Je suis donc revenu avec lui sur la franchise et notamment son impact culturel.
Un succès durable :

Jevaisciner.fr : Bonjour Derek. Comment allez-vous aujourd’hui ?
Derek Drymon : Très bien, merci. Et vous ?
J : Je vais bien aussi, merci. Est-ce que vous appréciez le Festival d’Annecy ? Est-ce votre première fois ici ?
D : Oui, c’est ma première fois. Pour l’instant, tout se passe bien, c’est très sympa.
J : Je suis un grand fan de Bob l’Éponge, à défaut d’être un grand homme*. C’est un dessin animé très important pour moi car j’ai grandi avec. Le Festival a célébré son 20ème anniversaire, ici, à Annecy, en 2019. J’y avais d’ailleurs rencontré Kaz et Mark Ceccarelli, c’était vraiment cool. Puis, l’année dernière, c’était le 25ème anniversaire de Bob l’Éponge. Aviez-vous anticipé un succès aussi durable pour la série ?
D : Il y a 27 ans, quand nous écrivions le pilote, non. Nickelodeon était une chaîne très jeune et les séries ne restaient à l’antenne que quelques années. Je pense que Bob l’Éponge faisait partie d’une deuxième vague, après des séries comme Les Razmokets, La Vie moderne de Rocko ou Ren & Stimpy. Nous ne pensions absolument pas à la postérité, c’est donc une belle surprise. C’est agréable de voir que le travail que nous avons fait, il y a si longtemps est toujours apprécié après 20 ou 25 ans.
J : Une question personnelle : avez-vous des enfants ?
D : Oui, j’ai deux filles.
J : Super. Est-ce qu’elles regardent Bob l’Éponge ? Qu’est-ce qu’elles en pensent ?
D : Non, elles ne regardent pas vraiment. Mes deux filles sont nées pendant la production de la série. Mais en grandissant, elles s’intéressaient davantage aux programmes en « live-action » qui sortaient à l’époque. Ma plus jeune fille était un peu plus fan d’animation, mais je pense que leurs amis sont toujours surpris : ils connaissent la série, ils la citent, et mes filles jamais. Elles ont toujours l’air un peu confuses. Comme tous nos amis travaillaient sur la série, je pense que mes filles avaient envie d’avoir leur propre truc à elles, vous voyez ? Ce qui me va très bien. Il y a assez de Bob l’Éponge partout ailleurs, je n’ai pas forcément besoin d’en avoir à la maison.
*j’avais fait un jeu de mot en anglais. Comme le sujet (et notamment la chanson du film) parle de “big guy” en VO, j’ai dit être un “big fan” en dépit d’être un “big guy”
L’impact de Bob L’Éponge :

J : Ressentez-vous une certaine responsabilité étant donné l’importance de la série dans la pop-culture ? Prêtez-vous une attention particulière aux messages que vous souhaitez transmettre ou aux sujets que vous choisissez d’aborder ?
D : Les histoires que j’aime raconter sont généralement des histoires personnelles sur Bob : c’est souvent sur sa façon de s’intégrer et de se faire des amis, ou sur le fait de mentir à un ami, ou quand quelqu’un profite de lui. Nous n’avons jamais vraiment traité de grands sujets politiques ou sérieux. La série a toujours été conçue pour de la comédie. Le message principal, c’est juste « sois toi-même » ou « sois un enfant » — le pouvoir des enfants (kid power), c’est vraiment le plus important. Je pense que ce sont ce genre de messages, rien de plus.
J : J’évoquais la pop-culture, que pensez-vous des mèmes sur Bob l’Éponge ? C’est comme un univers parallèle à la série elle-même.
D : Je ne suis pas très porté sur les mèmes. Mes filles ou mes amis plus jeunes me disent souvent : « ce mème de Bob cartonne », ou « celui-là est en train de percer ». Ce n’est pas trop mon truc. Mais si les gens aiment ça, c’est génial !
J : Est-ce que vous les voyez passer ?
D : Oui, je les vois. Mais comme je le disais, je n’y prête pas beaucoup d’attention et, souvent, je ne comprends même pas ce qu’ils signifient. Tant que les gens aiment ça, que c’est positif et que ça ne blesse personne, qu’est-ce que ça peut me faire ? On dirait que c’est une façon pour les gens de s’approprier des éléments qu’ils aiment dans la série, ou dans n’importe quelle série, et de les rendre personnels. C’est un développement intéressant de cette forme d’art, je suppose.
Un nouveau film fidèle à son matériel d’origine :

J : Ce n’est pas la première fois que vous réalisez un projet d’animation, mais c’est la première fois que vous réalisez un long-métrage sur Bob l’Éponge. Pourquoi maintenant ? Peut-être attendiez-vous d’acquérir de l’expérience sur d’autres projets ou d’être aussi préparé que possible pour celui-ci ?
D : C’est vraiment une question d’opportunité. Paul [Tibbitt] a réalisé le deuxième film, alors qu’il produisait la série. Et moi, j’étais occupé sur d’autres choses. Ensuite, pour le troisième film, c’est Tim Hill qui a réalisé. Là encore, je travaillais ailleurs. Donc c’était vraiment une question d’occasion. Pour ce quatrième film, je venais de finir de travailler sur un autre long-métrage et je regardais ce qu’il y avait à faire ensuite. Cela faisait quelques années que je repensais à Bob l’Éponge, je me disais que ce serait amusant d’y revenir, après tout ce temps. Et puis mon agent m’a appelé pour me dire : « Hé, ils cherchent quelqu’un. Es-tu intéressé ? » C’était donc le bon moment, au bon endroit. Et je me sentais prêt à le faire. Mais ce n’était pas calculé. En animation, je vais là où le vent me porte. J’ai eu de la chance, j’ai travaillé de façon constante pendant si longtemps que j’ai toujours eu quelque chose à faire. C’était donc l’occasion parfaite.
J : Hier, lors de la conférence, après avoir vu l’aperçu (merci pour cela d’ailleurs), le nouveau film semble explorer l’idée de « devenir un grand » (be a big guy). C’est un sujet récurrent et significatif pour le personnage, comme vous l’avez dit, tout comme la question de l’enfant qui sommeille en nous. On retrouve aussi ce sujet dans le film de 2004, que vous aviez écrit. Qu’avez-vous voulu apporter à cette nouvelle aventure ? Aviez-vous le sentiment de poursuivre ou d’approfondir des idées qui n’avaient pas été pleinement explorées dans le film ou dans la série ? Même si vous n’êtes que sur la réalisation.
D : J’étais excité à l’idée d’explorer le Hollandais Volant. Il n’avait pas encore été vraiment approfondi : découvrir ses origines, son univers, le monde souterrain (The Underworld). Nous avons créé un tout nouveau lieu à Bikini Bottom, que le public n’avait jamais vu auparavant. J’ai trouvé ça vraiment intéressant et amusant, qu’après 25 ans, il y a encore un nouvel endroit à visiter. Le défi était donc stimulant. Adapter Bob l’Éponge en images de synthèse était aussi amusant et représentait un bon défi. Notre équipe de production et notre équipe artistique ont fait un travail formidable là-dessus, tout comme l’équipe d’animation chez Reel FX. Et puis, c’était l’occasion d’avoir une histoire centrée sur Bob et Mr. Krabs. Explorer leur relation et jouer avec cela. Pour moi, c’était une façon de renouer avec les personnages et de m’amuser avec eux pour la première fois en 20 ans. J’ai aimé retrouver beaucoup de choses similaires à ce qu’on faisait à l’époque, mais en le faisant 20 ans plus tard, de manière légèrement différente. Tout en gardant une comédie et un humour très proches. J’espère que le public trouvera cela nouveau, amusant et frais. Tout cela faisait partie de ma motivation pour revenir.

Bonus en lien avec le premier long-métrage :
J : Une dernière question très importante : dans le film de 2004, il y a une question cruciale… moutarde ou ketchup ?
D : [Rires] Je suis plutôt ketchup, je crois !
J : Pareil pour moi ! Merci Derek Drymon pour votre temps.





